"Si on était dans le centre ou le sud de Lyon, ce matin-là du lundi 4 janvier 1966, vers 7 - 8 heures, on a pu entendre un défilé ininterrompu de sirènes de pompiers pendant un très long moment, présageant un accident très grave, puis peu après ...l’énorme bruit d’une explosion, suivie d’une deuxième une heure après, avec le ciel tout enflammé. Ce n’est que bien plus tard que nous avons pu apprendre à la radio ce qui s’était passé."
La raffinerie Elf de Feyzin, mise en service deux ans auparavant, située à la sortie sud de Lyon, jouxtant l’autoroute du soleil, inaugurée peu de temps auparavant, de laquelle on aperçoit les grandes cheminées, les torchères et les immenses cuves de stockage, a été l’objet d’une violente explosion le 4 janvier 1966 qui endeuilla la région lyonnaise et viennoise.
Ce jour-là, trois opérateurs, vers 6h40 du matin, vont faire un prélèvement d’échantillons de gaz dans une des huit cuves sphériques, de butane et de propane, qui servent à stocker la production de la raffinerie. A la suite d’une fausse manœuvre, une fuite se produit, et ne peut être colmatée. La nappe de gaz s’étend, et va traverser l’autoroute toute proche. L’alerte fut donnée de fermer les routes et autoroute aux CRS et gendarmes. Malheureusement, un chemin départemental qui permet de rentrer sur l’autoroute n’est pas fermé en temps utile. Un travailleur d’une entreprise sous-traitante arrive avec son véhicule, qui échappe aux barrages et, calée dans le nuage de gaz sur la route parallèle à l’autoroute, sa 4CV sert de détonateur pour enflammer la nappe de gaz et déclenche l’incendie. Il décédera de ses brûlures. Le feu remonta jusqu’à la sphère d’où le gaz s’échappe.
Les pompiers arrivèrent de Lyon, puis de Vienne et de toute la région. Ne pouvant éteindre la sphère 443, ils essayèrent au moins de protéger les autres en les refroidissant, en vain. Sur les huit sphères de stockage de propane et butane, trois seulement furent épargnées, grâce au changement d’orientation du vent.
La sphère 443 explosa moins de deux heures après avoir pris feu : le métal surchauffé n’ayant pas résisté, elle s’ouvrit et une mer de flammes engloutit les personnes présentes dans un rayon de 150m. Un champignon de feu et de fumée s’éleva à 600 m de hauteur, pendant des heures. Onze personnes furent tuées sur le coup, et six autres moururent quelques jours plus tard, ainsi que le conducteur de la voiture. Il y eut 88 brûlés graves ou blessés. À partir de là, les autres sphères s’enflammèrent et explosèrent les unes après les autres.
Les secours, mal coordonnés, car dépendant de deux départements, l’Isère et le Rhône, interviennent dans le désordre et paient un lourd tribut à la lutte contre les flammes. On dénombre en effet 18 décès consécutifs à l’explosion de la première sphère ou survenus des suites de graves brûlures, parmi lesquels figurent 11 sapeurs-pompiers des centres de Lyon et de Vienne.
Le pire était à craindre sans la fermeture rapide de l’autoroute, qui avait été mise en service peu de temps auparavant. Tous ceux qui connaissent le site peuvent imaginer l’ampleur de la catastrophe si elle s’était produite avec la circulation que cette autoroute connaît actuellement.
De nos jours, la raffinerie est toujours là, jouxtant l’autoroute. Les services de sécurité ont été rationalisés et mis sous une responsabilité unique, les plans Orsec sont devenus vraiment opérationnels, et la connaissance des techniques de sécurité a fait des progrès considérables. L’explosion a en effet été à l’origine de progrès en médecine, notamment dans les secours aux grands brûlés, et d’avancées en matière de sécurité pour les sapeurs-pompiers et pour l’industrie de raffinage. La prise en compte actuelle des risques industriels à l’échelle de l’agglomération a aussi été traitée.



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