Ainsi disparaît l’ultime témoin de la tragédie du 10 juin 1944. Ce jour là, environ 200 soldats de la 2ème division SS "Das Reich" encerclent le village et somment les habitants de se réunir. Les hommes sont conduits dans des granges et des garages. Avec une cinquantaine d’hommes, Robert Hébras est guidé vers la grange Laudy (comme il l'écrira dans un livre "Le dernier témoin d’Oradour-sur-Glane").
Alors que le groupe arrive dans la grange, une détonation retentit. C’est le signal pour les SS, qui ouvrent alors le feu simultanément dans chaque lieu d’exécution, avant d’incendier les bâtiments. Le jeune homme survit miraculeusement. « J’étais sous les autres. Je ne sais pas pourquoi, j’étais pratiquement pas touché. Mon meilleur ami, à côté de moi, avec qui je parlais, il est mort. On était côte à côte… Pourquoi lui et pas moi ? Je me pose encore la question : pourquoi lui et pas moi ? »
Robert Hébras s’enfuit à travers champs et est recueilli dans un hameau. Il apprendra plus tard que les femmes et les enfants ont été enfermés dans l’église du village et qu’ils ont eux aussi été massacrés par les balles puis par le feu. Ce jour-là, Robert Hébras a perdu sa mère et deux sœurs.
Robert Hébras a toujours porté en lui le terrible souvenir du 10 juin 1944 et de sa démence meurtrière. Mais il a su aller de l’avant, coûte que coûte, en fondant une famille et en faisant de l’une de ses passions, la mécanique, son métier. Il est devenu un patron estimé qui ne comptait jamais ses heures, toujours prêt à rendre service et à dépanner.
Au sujet du massacre, il s’est d’abord muré dans le silence pendant de longues années. « Mon fils, je n’ai jamais voulu évoquer avec lui Oradour, sauf à ses 20 ans, lorsqu’il est parti à l’armée », avait-il confié. Il a néanmoins témoigné dès 1953 au procès du massacre, organisé à Bordeaux, qui aboutit à la condamnation de sept Allemands et quatorze Alsaciens incorporés chez les SS, les « Malgré-nous ».
L’amnistie pour ces 14 soldats, votée la même année par le Parlement, avait provoqué une longue guerre des mémoires entre Limousins et Alsaciens, qui éclaboussa indirectement Robert Hébras des années après. En 2012, il fut en effet condamné pour diffamation pour avoir émis, dans un livre, des doutes sur l’enrôlement de force des « Malgré nous » dans les Waffen SS, avant d’être définitivement blanchi un an plus tard par la Cour de cassation.
Robert Hébras s’est ensuite battu « pour que l’on n’oublie pas », racontant inlassablement son histoire. Jusqu’au bout, il a œuvré pour le travail de mémoire, témoignant dès qu’il le pouvait auprès des scolaires, faisant visiter le village martyr.
En 1985, l’ancien chancelier allemand Willy Brandt l’a invité à une conférence pour la paix à Nuremberg. Lorsque Robert Hébras est monté à la tribune, il a eu des mots simples et puissants : « De tels affrontements entre les nations ne doivent plus jamais se renouveler. Il ne s’agit pas d’oublier mais de tirer la leçon. Ni haine, ni oubli. »
« Européen convaincu et engagé » selon sa famille, Robert Hébras, qui fut décoré de la Légion d’honneur, puis de l’ordre du mérite allemand, avait guidé en 2013 les présidents français et allemand François Hollande et Joachim Gauck dans les ruines du village martyr. Emmanuel Macron lui avait remis les insignes de commandeur de l’ordre national du mérite en 2022.


Bel hommage .... Plus JAMAIS ça !.. Allez voir l' excellent film " Simone " retraçant le parcours de Simone Veil .... Quel parcours ... Respect .
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